Bridgestone : un « non » qui va faire mal...

Les salariés de l’usine emblématique de Béthune se sont exprimés… massivement avec 91% de participation.

Le non à l’accord de performance collective l’a emporté, avec un score de plus de 60 %. C’est donc un résultat net, dont je prends acte, qui est lourd de significations et qui sera lourd de conséquences.

Il traduit d’une part le fait que les salariés ont privilégié le statu quo, prouvant leur aversion pour tout changement, même à la marge. Refuser de travailler un peu plus pour gagner un peu plus, comme cela était prévu dans la dernière version du projet, (tout en restant dans la limite des 35 heures !), refuser la moindre flexibilité dans le travail, c’est pour moi presque de l’inconscience ; et je mesure mes mots.

C’est aussi faire preuve d’égoïsme en faisant fi de tout l’écosystème qui gravite autour du site béthunois de Bridgestone.

On sait que la vie des entreprises n’est pas un long fleuve tranquille, qu’il leur faut sans cesse s’adapter aux contraintes des marchés, aux mutations technologiques, et qu’elles doivent faire preuve d’agilité sur tous les plans.

On sait que l’usine béthunoise, un site intégré dans le pôle européen du numéro 1 mondial du pneu, n’est de longue date plus compétitive, et que la mission du directeur Philippe Burnage était de tout faire pour la remettre sur une une courbe de progression.

Cela passait, par cet accord de performance collective, patiemment mis au point et négocié depuis 8 mois. Que de temps gâché, quelle énergie négative dépensée!

Pour moi qui ai connu toute la genèse de cette usine, les différentes étapes de son demi-siècle, qui sais ce qu’elle représente économiquement, le refus du personnel de participer modestement à l’effort - car ce n’est pas une révolution - de donner un signe à la direction européenne à Bruxelles est tout à fait regrettable.

J’en suis consternée, et même peinée.

Car si les salariés sont aussi attachés qu’ils le disent à « leur » usine, mais aussi à leur territoire, ils ont perdu une occasion de le prouver.

Je rappelle que Bridgestone Béthune représente un impact de 30 millions d’euros de salaires versés chaque année à des foyers vivant dans un rayon de 20 à 30 km, de 5,5 millions d’euros de versement d’impôts et taxes à nos collectivités territoriales. Je précise aussi qu’un emploi dans l’industrie, se traduit par 10 emplois induits.

Je conçois très bien que M. Burnage maintienne sa feuille de route, à savoir la diminution des coûts de production. Cela aurait été infiniment plus facile avec la réalisation d’investissements assurant la nécessaire modernisation et la pérennisation du site. Le résultat du référendum, dissuasif pour les actionnaires, propriétaires de l’entreprise et décisionnaires, vient remettre en question les projets d’investissements, à court et moyen terme.

Au delà de Bridgestone, le signe qu’envoient les 60% de salariés ayant voté « non », aux futurs entrepreneurs dans notre territoire est catastrophique.

La communauté d’agglo CABBALR a en effet été retenue parmi 141 sites français comme « territoire d’industrie ». La compétition est rude entre ces territoires qui rivalisent de tentatives de séduction auprès d’investisseurs. L’attractivité se mesure aussi à l’esprit de participation , à la formation, à l’agilité et la mobilité des salariés. L’attitude des « nonistes » de Bridgestone sera forcément interprétée négativement.

Ont-ils mesuré les conséquences à moyen terme de leur décision?

Il est permis d’en douter.

Pour les élus qui défendent et s’efforcent de promouvoir notre territoire et s’apprêtaient à le défendre notamment à Bruxelles, ce « non à l’avenir » est certainement une mauvaise nouvelle. 

 

Marguerite DEPREZ-AUDEBERT

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