Féminicides : éradiquer ce fléau.

 

Elle s’appelait Aurore.

Quel autre prénom symbolise mieux la lumière et donc la vie ?

Originaire de Ruitz, ce joli village aux confins de l’ex-bassin minier et des collines d’Artois, après avoir obtenu un master à l’université d’Artois à Arras, elle était montée à Paris il y a quelques années et travaillait, comme formatrice à l’Union nationale des Taxis. Elle résidait à Levallois depuis 18 mois, mais revenait tous les mois chez ses parents, dont elle faisant la fierté. Elle était pétillante et souriait à la vie.

Samedi après-midi, alors que des cortèges s’ébranlaient dans de nombreux points de l’Hexagone et qu’on recensait près de 50 000 personnes venues manifester dans le calme contre les trop nombreuses violences faites aux femmes, la population de Ruitz, très émue et consternée, rendait dans le silence hommage à Aurore, qui a connu l’horreur avant d’être plongée dans une obscurité définitive, dans la nuit du 8 novembre ; c’est la 135ème victime d’un féminicide en cette année noire.

J’ai vu des parents dévastés, un frère inconsolable, une famille éplorée, une population ébranlée, sous le choc se pressant dans une église comble et jonchée de centaines de bouquets de fleurs roses, roses comme la couleur de l’aurore !

A 34 ans, on a le droit de vivre dans la sérénité !

J’ai ressenti une forme de honte, sachant que notre pays détient un record de drames conjugaux en Europe.

8 400 ! C'est le nombre glaçant des faits de violences enregistrés en 2018 à l'encontre des femmes dans notre département, le Pas-de-Calais, très concerné hélas par le sujet.

En 2019, ce nombre sera probablement plus élevé encore.

Il importait d’abord de briser le tabou du silence. La volonté et la pugnacité de la ministre Marlène Schiappa ont secoué le voile de la quasi-indifférence et de l’omerta qui régnait jusqu’alors.

Lors de la clôture du Grenelle des violences conjugales, ce lundi 25 novembre, le Premier ministre a annoncé un « électro choc » relayé par les Préfets. Ce fléau doit être éradiqué par une mobilisation générale.

Fabien SUDRY, Préfet du Pas-de-Calais, Marie-Suzanne LE QUEAU, Procureure Générale de la Cour d'appel de Douai et le Département du Pas-de-Calais ont signé le Plan Départemental contre les violences faites aux femmes 2019-2002.

Ce dispositif est mis en place à l'issue d'une large concertation avec les acteurs professionnels de la lutte contre les violences.

Plus de 260 personnes ont pris part aux discussions, pour proposer, au travers de 4 ateliers thématiques, des réponses opérationnelles à ce fléau, avec pas moins de 43 propositions. Elles concernent la prise en charge des victimes, l'application de la loi sur les auteurs, la prévention et la gestion du cas particulier des enfants qui doivent être considérés désormais comme victimes dès lors qu'ils assistent aux violences perpétrées.

La presse a bien relayé et révélé des prises de conscience. Ce Grenelle a remotivé les associations qui sans grands moyens essayent de protéger les victimes - majoritairement féminines - et les aident à se reconstruire. Samedi soir j’assistais à une exposition organisée par la Vie active et le club Soroptimist qui présentait  des belles photos et des textes rédigées par es femmes qui avaient accepté de s’exprimer, se trouvaient libérées et sur la voie de la reconstruction.

Le plan de lutte contre les violences faites aux femmes 2019-2022 traduit un engagement commun de l'Etat et du Département à coordonner leurs actions et leurs compétences.

Il se décline en 4 axes :

  • éducation et culture de l'égalité, pour prévenir,
  • accueil, protection et accompagnement des victimes, pour rompre la chaine de la violence
  • actions judiciaires, pour protéger les victimes depuis le dépôt de plainte jusqu'à l'exécution de la peine, et sanctionner les auteurs,
  • mesurer, connaitre, évaluer les dispositifs pour pouvoir les améliorer et les rendre plus efficaces.

Un renforcement de l’accompagnement des auteurs de violence est également important pour prévenir la récidive : la compréhension de leurs actes, et souvent le traitement d’une addiction.

Le signal lancé par ce Plan est important : les mentalités évoluent, la parole se libère, les réponses apportées sont débattues avec les professionnels, et le problème véritablement pris en compte dans les politiques publiques.

Evolutif, ce plan cadre sera évalué chaque année afin d’intégrer les nouvelles actions.

Je serai attentive à un calendrier rapide de mise en place de ces actions, et fais le vœu qu’Aurore soit une des dernières victimes.

zoom sur...

Mes rapports parlementaires

rapport parlementaire

Retrouvez en téléchargement mes rapports d'informations