Ma vie de députée

Marguerite Deprez-Audebert

Ma semaine de députée… confinée

L’agenda législatif avait prévu deux semaines d’interruption pendant la campagne des municipales, … pas un confinement obligeant à éloigner la quasi-totalité des parlementaires de Paris !

Avec l’arrivée de ce qui est devenue une pandémie, et l’urgence de la situation sanitaire, tout a été chamboulé (projets de loi, rapports, déplacements, …), … sauf la tenue du premier tour du scrutin.

Je veux tout d’abord rendre hommage à la réactivité remarquable des services des administrations autant locales, préfectorales ou nationales, qui ont tout assuré avec célérité, efficacité et sobriété, pour que le scrutin se passe dans de bonnes conditions,

Jeudi 12 mars

Premier discours présidentiel ; le ton est grave. Près de 25 millions de Français suivent l’intervention télévisée du Président.

Après moults discussions et pressions, Emmanuel Macron, soucieux de regagner une image consensuelle a annoncé maintenir le rendez-vous démocratique des municipales ; au prix de maintes mesures de précaution ; on découvre l’expression « distanciation sociale » .

Samedi 14 mars J-3

Le Premier ministre s’adresse à son tour à nos concitoyens ; il annonce l’obligation de fermeture des établissements recevant du public dès minuit. Une nouvelle expression qu’il va falloir vite assimiler et appliquer : la nécessaire distanciation sociale Les citoyens commencent à réaliser que c’est vraiment sérieux et l’anxiété monte.

Dimanche 15 mars : J-2

Je peux en témoigner. Le marathon dominical des bureaux de vote des 32 communes de ma circonscription m’a permis de le vérifier ; toutes les consignes ont été partout respectées…

Mais très vite, j’ai réalisé que les électeurs ne se bousculeraient pas ; refroidis sans doute par le discours du Premier Ministre la veille. Rien à voir avec l’ambiance lors des Européennes du 26 mai dernier !

Certes dans nombre de communes avec une seule liste en présence, où il n’y avait donc pas d’enjeu, cela pouvait paraître normal mais à Béthune, avec 5 listes, la participation ne fut que de 36%, un peu inférieure à la moyenne nationale. Le constat est majoritairement une prime au maire sortant.  Les rassemblements de plus de 100 personnes étant interdits, on n’a même pas pu fêter la nette victoire d’Olivier Gacquerre à Béthune.

Lundi 16 mars : J-1

Expédition des affaires courantes au bureau, étude des résultats dans nos communes.

Béthune désertée, juste un petit marché alimentaire qui a pu s’installer.

Le soir, devant 35 millions de téléspectateurs, le Président de la République confirme la pandémie. Le Covid-19 va frapper fort d’ici quelques jours ; il faut s’y préparer sérieusement. Nos concitoyens en 48 heures sont passés du stade incrédules, voire un peu désinvoltes ou frondeurs à l’inquiétude ou l’angoisse. « Nous sommes en guerre » martèle Emmanuel Macron.

Le ministre de l’Intérieur confirme le nécessaire confinement et en précise les conditions. Jamais les Français n’ont connu une telle situation avec de telles contraintes ! Seuls les nonagénaires, comme ma maman, qui ont connu celle de « 40 », savent ce que les mots guerre et privation signifient en restriction de liberté, en efforts partagés, en résistance… 

 Il n’est que temps ; le virus oriental galope et nous rattrape et va nous frapper nous, Européens.

IL faut se mettre en tête que nous ne disposons, en attendant la découverte du vaccin ad hoc, que de deux armes pour vaincre cet « ennemi invisible » : la discipline et la solidarité.

Le respect du confinement, le mot est désormais prononcé et l’entraide à l’égard des plus fragiles et de nos soignants !

Mardi 17 mars : Jour J

A midi, c’est une France quasi à l’arrêt qui se révèle, nos citoyens les plus âgés et les plus jeunes sont assignés à résidence et ceux qui peuvent faire du télétravail, mais pas ceux qui doivent se rendre au travail, pour faire tourner le pays.

Car il faut continuer à produire ce qui est nécessaire à la survie : au-delà de l’alimentaire, le sanitaire. Mais aussi il faut livrer et distribuer ; donc nous avons besoin de présence physique dans nos entreprises et commerces de première nécessité.

On fait un débriefing de la première journée à l’école à la maison… compliqué surtout quand on réside dans des communes où Internet est faible, quand les familles sont composées de deux parents prof et de deux enfants scolarisés… et qu’il faudrait 4 ordinateurs !

Comme la plupart de mes collègues, je deviens à mon tour une députée confinée qui ne va plus quitter ses écrans et qui reste très mobilisée.

Mercredi 18 mars : J+2

Les nouvelles technologies nous permettent de garder le contact et de continuer à assurer le suivi des dossiers, de répondre aux nombreux mails.

Je passe une bonne partie de la journée au téléphone avec mes interlocuteurs institutionnels.

De 11 heures à 13 heures, réunion des députés du groupe Modem en audioconférence. Nous sommes 43 sur la ligne !

A 17 heures, c’est une réunion du bureau exécutif du Modem qui a lieu.

On ne se voit pas mais on envoie un sms quand on veut intervenir.

La boucle Télégram vient en appui pour échanger nos informations et recevoir celle de l’Assemblée nationale.

Jeudi 19 :  J+ 3

J’appréhende ce mode de vie statique, moi qui ai un rythme de déplacement si soutenu.

Le Parlement s’est remis en activité, en format très réduit (deux parlementaires par groupe, majoritairement des Franciliens) pour assurer l’étude et le vote des textes imposés par la situation. Un projet de loi rectificatif de la loi de finances qui a pour but d’assurer la pérennité de nos entreprises secouées par la situation de paralysie et de permettre la reprise dès que la pandémie sera derrière nous, fait consensus.  Les victimes du Covid-19, ce sont d’abord des milliers de personnes qui vont être touchées et on sait que nombre d’entre elles vont nous quitter, mais ce sont aussi les entreprises.

A 17 heures, audioconférence autour du président de la région Hauts de France.  Pas de plénière le 31 mars évidemment, mais Xavier Bertrand propose de nous réunir chaque semaine. La région va aussi apporter sa contribution pour aider les entreprises. Les lycées ont des stocks de masques ; ils vont être remis à l’ARS (autorité régionale de santé) et dispatchés dans les établissements de soin.

Vendredi 20 mars : J+4

C’est le Printemps et cela ne soit voit pas, du moins dans le Pas de Calais

On annonce un renforcement des mesures de confinement car trop nombreux sont ceux qui ne les respectent pas

Je suis sur la Chaine parlementaire LCP, l’examen en commission des Lois les discussions sont plus nourries sur les mesures qui engagent de façon très impactantes les finances de l’Etat. Car c’est aussi notre économie qui va souffrir alors qu’elle commençait tout juste à se relever. Les chiffres donnent le vertige - 1% de PIB par mois, un déficit attendu à 3,9 % et qui va donc presque doubler ! 45 millards de prêts déjà garantis par l’Etat.

Parallèlement je prends l’attache des milieux économiques (chambre des métiers, chambre de commerce) pour faire le point. Je vais envoyer à chaque entreprise un questionnaire sur leur situation afin de pouvoir faire remonter les informations du terrain.

La pénurie des masques s’avère une réalité concrète mais on voit des solidarités s’organiser et des initiatives prises. On ressort les machines à coudre, les entreprises modifient leur production. Côté gel hydroalcoolique, le sucrier Tereos va en procurer 11 000 litres fabriqués dans ses distilleries, entre autres celle de Lillers, à partir de l’alcool de betterave ; les pharmaciens sont autorisés à en fabriquer ; le souci est d’obtenir rapidement les autres « ingrédients » nécessaires.

Tous les jours j’appelle notre sous-préfète. Ce soir elle m’annonce recenser tous les hébergements disponibles, car il faut évidemment penser aux sans-abris.

Samedi 21 mars :  J+5

Réponse aux mails, point avec les collaborateurs.

Poursuite dans l’hémicycle des débats sur le projet de loi « Etat d’urgence sanitaire ». Le Modem est représenté par trois collègues franciliens Bruno Millienne, Nathalie Elinas et Isabelle Florennes.

Je les suis de mon fauteuil ; c’est intéressant de voir la séance sous l’angle d’un spectateur.

Je suis frappée par la tenue des débats. Nos collègues s’emploient à ce que la loi soit la meilleure possible ;

Le ministre Véran annonce une commande de 250 millions de masques. C’est urgent car le pic de la maladie est annoncé la semaine prochaine. Il faut être prêt à surmonter cette vague

Dimanche 22 mars : J+6

On aurait dû voter ce dimanche dans 4 communes de ma circo : Lillers, Lapugnoy, Annezin et Vendin les Béthune, comme dans près de 5 000 des 35 000 communes de France.

De même, ce week end devaient être installés les nouveaux conseils municipaux élus dimanche dernier. Tout cela est ajourné. Le conseil scientifique national a estimé que la priorité était au confinement et que la démocratie pouvait attendre. La loi votée prévoit un second tour en juin si le conseil scientifique qui assiste désormais le Gouvernement estime raisonnable. Il se prononcera mi-mai. Un bon équilibre a été trouvé.

Le texte est voté par 510 députés sur 577, les socialistes s’étant majoritairement abstenus, la France Insoumise et les communistes votant contre (37). Il y a eu 28 abstentions.

Journée passée à suivre les débats et soutenir moralement nos collègues.

On a vraiment le sentiment de vivre un moment unique, un mandat unique.

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